+33 (0)1 42 61 01 25 9, rue Volney 75002 Paris
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« Nous avons eu 48 heures pour réorganiser toute l’école ! »

Profession bien-être : La décision vous a prise par surprise ?

Catherine Sertin : C’est le moins que l’on puisse dire. Nous avons eu 48 h pour tout réorganiser !  Nous n’étions pas totalement dépourvus, par rapport à d’autres écoles, puisque nous proposions déjà un CAP «connecté» où toute la partie théorique passait par une plate-forme d’e-learning.  Cela a été intense, mais nous avons pu faire face assez rapidement à nos obligations.

Car, ne l’oublions pas, nous avons une mission pédagogique et le devoir de prodiguer l’enseignement auquel ont souscrit nos élèves. Elles vont être sanctionnées par des examens. Nous nous devons donc de leur donner tous les outils pour obtenir leurs diplômes.

Pour la partie théorique, on peut sans doute envisager l’enseignement à distance. Mais qu’en est-il de la partie pratique ?

En fait, la fermeture a eu lieu à 15 jours des vacances de printemps. A ce stade de leur formation, elles ont déjà reçu pratiquement tout l’enseignement pratique. Elles sont donc en mesure de réviser – sur les membres de leur famille par exemple – les massages et les protocoles qu’elles ont déjà appris. Et nous espérons bien pouvoir reprendre les cours à l’école début juin. Rien n’est encore sûr, mais une reprise le 11 mai paraît utopique.

Tous vos élèves possédaient un ordinateur ?

Il n’y a pas eu de problème d’équipement, à ma connaissance. Les élèves du cursus spa manager venaient déjà en cours avec leur ordinateur. Les autres possédaient soit une tablette, soit un smartphone évolué. Aujourd’hui, pratiquement toutes les familles possèdent un ordinateur.

Comment organisez-vous le suivi des élèves ?

Le plus compliqué a été d’appliquer des horaires précis. Gérer à distance 250 élèves et 20 professeurs n’est pas une mince affaire ! Il faut garder à tout prix le contact avec les élèves. Nous avons ainsi instauré des rendez-vous hebdomadaires par skype. Alors, oui, nous avons conservé un vrai contrôle, qui n’a pas toujours été facile.

Car tenir une classe à distance diffère du contact direct, je ne vous apprends rien. Il y manque la dynamique de groupe qui se crée spontanément lorsque tout le monde est réuni dans une même pièce. Certains professeurs ont eu plus de difficultés que d’autres, mais tous se sont finalement adaptés. D’autant que nous faisons tous les soirs un point sur le suivi de la journée.

J’avoue que nous n’avons jamais autant travaillé que depuis que nous sommes en confinement ! Les gens qui s’imaginent que nous sommes au repos, parce que les écoles sont fermées n’ont aucune idée de notre réalité. Le virtuel demande autant de travail, voire plus que le présentiel.

Vous aviez déjà amorcé le virage digital depuis un moment, non ?

Oui. Nous avions déjà adopté pour certains cursus une part de virtuel et une partde présentiel. Comme pour les classes de spa manager, où elles ont des projets à faire avec des recherches personnelles.

Comment avez-vous résolu le problème de contrats en alternance ?

Là, tout est arrêté. Les établissements sont fermés et, de toute façon, les parents n’étaient pas très chauds pour laisser leurs enfants travailler en période de pandémie ! Ce qui a posé évidemment des problèmes supplémentaires. Il n’était pas question de laisser ces élèves en plan. Nous avons été obligés de rajouter des cours, pour éviter que les élèves perdent le contact avec leur enseignement. Nous avons ainsi conçu des cours de ventes, avec des jeux de rôles, d’anglais, de marketing, pour les maintenir dans leur motivation.

Quelle est la part la plus difficile dans ce travail à distance ?

Les inscriptions, sans doute. Car malgré la pandémie, elles continuent à arriver pour la rentrée de septembre. Et mener un entretien avec une future élève par skype ou vision conférence est beaucoup plus difficile que face à face. Un écran reste toujours un peu froid. Il faut vraiment mobiliser toutes ses facultés d’analyse et de «décryptage» de l’autre. Cela demande une concentration plus importante.

Mais je dois reconnaître que cette contrainte nous permet aussi d’innover et aller de l’avant. Nous avons ainsi organisé notre première journée «portes ouvertes» virtuelle, et elle a très bien fonctionné ! Au point d’attirer plus de personnes que sur une journée d’information classique. C’est une initiative que nous allons bien sûr renouveler.

Vous avez également quelques projets pour les écoles pour septembre ?

Oui, là encore, le virtuel est un grand atout. Vendredi dernier, par exemple, nous avons ainsi organisé une vision conférence avec les écoles adhérentes de la Fieppec et les déléguées de la Cnaib, pour susciter une participation massive des élèves au troisième Week-end mondial du bien-être, qui se déroulera les 19 et 20 septembre prochain.

Je leur ai proposé de mobiliser toutes nos élèves, dans toute la France, pour offrir des soins à nos soignants. Les élèves sont toutes enthousiastes à cette idée, et j’ai été heureuse de voir que les présidentes de la Cnaib et la Fieppec étaient acquises à ce projet. Et j’espère sincèrement qu’en septembre, la pandémie ne sera plus qu’un mauvais souvenir !

Cette marche forcée vers l’enseignement à distance nous ouvre en fait beaucoup de pistes pour mobiliser les futures praticiennes et échanger entre professionnels. C’est une évolution qui aurait sans doute été plus lente en temps normal…

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

https://professionbienetre.com/profession/9354-catherine-sertin-nous-avons-eu-48-heures-pour-reorganiser-toute-l-ecole

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